…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Section de la radio

mise en ligne : mardi 28 février 2017

13 janvier 2017

Passant en RER C au-dessus de la Seine, je vois sur la Maison de la Radio, face au fleuve et aux quais, sur les immenses façades des deux bâtiments droits formant extrémités de la section ouverte du rond, sorte de pince courbe, les portraits géants des chroniqueurs et journalistes de France Inter — difficile à décrire, ces tours noires, elles forment deux panneaux publicitaires gigantesques comme les tours d’un château autour d’un portail [1]. Ils sont souriants de contentement, leur mégalomanie nous accueille même si nous n’allons pas les voir ni les entendre, ils surplombent malgré nous de leurs visages maquillés l’arrivée des questionnés en studio. Ils se penchent sur le monde, s’entre-glorifient, ils sont les nouveaux portraits géants, souriants, bienveillants et vénérables, les nouveaux Mao, de nouveaux dieux, Pythies modernes dont la parole est d’or, et la morale évidemment pure et insoupçonnable, morale particulière perçue et vendue comme universelle, ce trait spécifique de la bourgeoisie qui fait que sa position semble naturellement fondée, toute la Maison ronde tourne pour eux, par eux, ils sont le véritable objet, le véritable cœur du projet journalistique qui se resserre chaque jour un peu plus sur nos gorges et éteint nos voix. Avec le bol fumant de l’encens des sondages.


John Collier (1950-1934), Prêtresse de Delphes, 1891. Art Gallery of South Australia. Source WP.

[1] En cherchant ce qu’elles contenaient dans des plans (je n’ai pas trouvé), j’ai vu par hasard que dans La maison de Radio se cachaient 14 abris anti-atomiques.

Mots-clés

train   visage   politique   John Collier  
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