…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Engagements #Joachim2017

mise en ligne : mardi 21 mars 2017

L’écrivain tombe souvent, s’effondre, s’allonge, s’aplatit et disparaît dans l’épaisseur de vide entre le sol et l’air, dans l’excès de fatigue que l’intense et pure création entraîne, de ses propres dires, c’est épuisant de soulever les montagnes du sens, de remuer la boue volcanique encore incandescente du langage ; dans le meilleur des cas.

Désormais, cette fatigue de l’écrit sera prise en compte comme maladie du travail. Les erreurs de scénario, les fautes de goût dans la recherche d’un style absolu, toute faille donnera lieu à un arrêt maladie pour incapacité de travail. Les échecs commerciaux des livres seront quant à eux considérés comme accident du travail, et l’éditeur poursuivi d’un procès pesant et sans pitié.

Aucune autrice, aucun auteur ne sera laissé.e sur le bord de l’Histoire de la littérature !

Un mauvais livre, un texte indigeste, l’illisible banalité, le cliché dégoûtant qui gonfle les vitrines, la vermine écrite qui ronge jusqu’aux meilleures étagères de nos médiathèques de campagne, si une seule ligne vous retourne le cœur, dans n’importe quel ouvrage, alors réunissez mille ou un million de signatures, ou une seule suffira et je m’engage à corriger moi-même ce livre, aidé par les plus grand.e.s expert.e.s de la langue qui la travaille depuis des siècles sous haute-pression, à la chaleur insupportable de sa fusion, au danger radioactif de ce qu’elle peut faire osciller définitivement par le sens vrai des mots et le mot vrai du sens — quelque chose comme ça. Chaque croûte textuelle, chaque nanard écrit, chaque navet du livre, sera étudié et remanié, et les librairies et bibliothèques inondées de la nouvelle version parfaite — la nôtre, la vôtre, l’unique.

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Mon programme littéraire ne sera ni gauche ni droit, écrit sur un ruban de Möbius il n’aura qu’une face, projeté sur un vase de Klein il sera sans bord, son propre envers et sa propre alternance, sa propre goutte d’eau qui fera tout déborder.

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Je mettrai en place un lecteur universel. Chargé de lire chaque livre publié, plusieurs fois, et de se rendre aux rencontres en librairies, aux lectures publiques, il sera celui ou celle qui arrive en disant "j’ai lu votre livre".

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La transition linguistique sera à l’ordre du jour. C’est ma proposition 63.

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Aujourd’hui le système est absurde : il prive de livre ceux qui en ont le plus besoin. Il faut renverser la logique et imposer la gratuité des livres et de la culture pour permettre à tous une vie digne. J’interdirai aussi les gaspillages de mots et de phrases. Fini les longueurs et la vacuité des propos imprimés ! Et pour le garantir, je remplirai personnellement vos bibliothèques de livres à mon choix que j’aurai préalablement relu et corrigé, voire complètement réécrit ou retraduit.

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Les comptables ont mis au pas l’écriture, les têtes de gondoles mènent la littérature en bateau sur des eaux troubles, si vous voyez ce que je veux dire. Les comptables devaient être "l’adversaire" de nos éditeurs, aujourd’hui les comptables paradent et dictent les formes et ramassent les fonds. La littérature est devenu une bulle ! Il faut agir et crever cette bulle, remettre les comptables à genoux, leur retirer leurs chiffres pour retrouver nos mots et vendre l’illisible au prix de l’innommable.

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Écrire plus pour lire plus !

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La littérature française nous nourrit, transforme nos paysages, c’est aussi un formidable atout antinomique pour le pays. Surtout, elle est au cœur de notre densité : les écrivains ont toujours tenu une place particulière dans notre angoisse.

Améliorer les conditions de vie des écrivains de langue française est une urgence.

Écrivains et écrivaines ne demandent rien d’autre que de pouvoir vivre de leur travail par un juste prix payé également. Pour y parvenir, il faut changer de méthode : rémunérer leur travail et les libérer de la dépendance aux aides pudiques.

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La France demeure une puissance littéraire reconnue sur la scène internationale. Notre langue doit disposer des moyens de décence et de crédulité nécessaires à son épanouissement et à celui de ses lecteurs. Cela exige de donner à la langue des moyens poétiques accrus, afin qu’elle puisse mener à bien des missions plus difficiles et plus harmonieuses.

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Je passe ici devant vous un contrat avec la passion.

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Retrouver l’esprit de cueillette et repartir à la chasse du monde.

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Taxer les textes ne respectant pas les anomalies de la langue, ni ses infirmités fondamentales. Renvoyer d’où ils viennent les paragraphes lisses et normés. Retrouver le cassant, le fragile, l’abrupt.

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Même le mal a une éthique. L’éthique est la lumière transcendante qui traverse toute matière ; sans cette lumière, tout devient incertain et inconcevable. En revanche, sa présence interdit toute contradiction : il est évident qu’elle a un lien intime et profond avec la mort.
Imer Kertész
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