…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Jamais là

mise en ligne : vendredi 31 mars 2017

27 mars 2017

Cadiot : "Il est trader, écrivain ou retraité du cinéma ; quelqu’un qui croit être quelque chose, un peu vieux, se croyant sage."

Kertész : "Ce n’est peut-être pas le talent qui fait l’écrivain, mais le refus d’accepter la langue et les idées toutes faites. Je crois qu’au début, on est simplement bête, plus bête que ceux qui n’ont pas de mal à comprendre. Alors on se met à écrire comme pour se rétablir d’une grave maladie, pour maîtriser sa folie — ne serait-ce que le temps de l’écriture."

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Il essaie avant tout d’être pré-avant-gardiste, c’est à dire de se situer avant la prochaine avant-garde, celle qui va venir c’est sûr, qui va venir après la post-avant-garde, un peu de patience. Pour cela il ne bouge pas, ne parle pas, n’écrit pas, puisque personne ne sait comment va mourir l’avant-garde et à quoi ressemblera la post-avant-garde, le mieux est encore de rester à l’arrêt, prêt à bondir. Pour cela il reste au milieu du champ de bataille, immobile comme une mine anti-personnelle qui est prête à exploser au moindre orteil posé dessus. Alors, quand ça va battre en retraite, quand ça va se replier (c’est inévitable, c’est tous les vingt ans environ, pour pas dire dix ou trente ou tous les quatre matins) d’un seul coup, et que ceux de l’arrière vont soudain, zou, être à l’avant, là, boum ! Quand tout le monde lui passera dessus dans tous les sens et ce sera, là, au cœur de la déflagration, à cet endroit précis, ce sera le nouvel avant où tout se passe. Jusqu’à ce que ça fasse boum ! ailleurs, quelqu’un d’autre, un nouvel avant-quelque-chose, ça on peut pas prévoir.

Ne jamais être là, c’est encore mieux.

On n’est pas moderne, on ne naît pas moderne pourrait dire Cadiot. C’est du travail la modernité, pierre par pierre, à transporter sur des milliers de kilomètres, allers, retours. Quand t’as fini, tu te poses sur ton tas de pierres moderne, t’es vieux et épuisé, les jeunes grouillent tout autour et filent chercher leurs pierres encore plus loin. Tout le monde t’évite, tu fais trop monument, t’es une institution, un classique quasiment ; même que tu risques d’être primé.

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Enfin, il veut être le dernier écrivain, le dernier à entendre chanter les Muses quand les autres auront tout déconstruit.

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