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Reprendre, reprises

mise en ligne : vendredi 28 juillet 2017

18 juillet 2017

Trente ans après, Maxime Le Forestier interprète en public sa chanson écrite en 1972, San Francisco. Et je m’étonne qu’il la joue exactement à l’identique, qu’il n’ait rien trouvé, en trente ans d’expérience, à modifier, à améliorer. Aucune autre n’est jouée très différemment, La petite fugue a encore moins de changements, quoique plus de monnayage peut-être, mais d’un sens c’est comme s’il se rapprochait encore plus de la fugue d’origine en faisant ça. Comme si trente ans, quarante ans, ne servaient à rien et que tout se créait dans un élan de la jeunesse, qui meure ensuite, puisque le nombre de "tubes" diminue avec les années, semble-t-il à écouter ce concert.

Quelque chose me chiffonne, mais après tout, imagine-t-on Mozart, s’il revenait aujourd’hui fort d’une expérience de plus de deux siècles dans l’au-delà, changer une seule note de La Flûte enchantée ou du Requiem ? Racine modifier un seul pied de Phèdre ? Non, bien sûr : elle boiterait. Quelque chose ne me va pas et c’est peut-être pour cette raison que j’aime autant les reprises par d’autres, et tout l’univers qu’un artiste peut apporter à la chanson d’un autre, Patti Smith étant sans doute la plus grande à ce jeu, on pense à Gloria, mais aussi Smells like teen spirit. Peut-être pour ça qu’Enrique Vila-Matas, dans Chet Baker pense à son art écoute une playlist de reprises de Bela Lugosi’s dead tandis qu’il lit les inamovibles Ulysse de Joyce et Monsieur Hire de Simenon, nous écrivant un livre que je lis dans sa première et ultime édition.

Enfin, j’oublie bien sûr que ces chansons — pour ne parler que des chansons, on sait que Kundera élimine sans états d’âme d’anciens textes qu’il juge indignes — ont été travaillées en réalité, au départ, suffisamment, comme on ne peut plus faire mieux, voilà, tout est là, dans le travail encore et encore. Et puis Phèdre est une reprise, de même que Don Juan, Ulysse... Et je ne peux que conclure que soit je ne travaille pas assez puisque je trouve toujours quelque chose à changer dans mes textes, soit je ferais mieux de partir de matériau existant, comme aux Temps Classiques, parce que je sais que rien ne s’invente et qu’il faudrait réfléchir plus sérieusement à ça. Bref, il ne me reste plus qu’à regarder devant moi l’insolent petit pan de mur jaune, baisser la tête ; je me remets au travail, promis.

En ce faisant, je retombe sur l’album Across six leap years, pour les vingt ans de Tindersticks, le groupe de Stuart Staples, et cet article. Réécriture à peine, meilleur enregistrement mais pas seulement, des choix différents, sur les cordes par exemple. C’est peut-être tout simplement un peu moins d’orgueil pour l’artiste, moins de déférence pour nous le public, et se dire qu’il existe peut-être, quelque part dans un univers parallèle un peu inimaginable tout de même, un meilleur Don Giovanni...

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