…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

AVERTISSEMENT :
Ce texte a été publié il y a longtemps, par conséquent, il commence à s'effacer. Les textes de plus de quatre ans sont presque illisibles. Prenez garde.
Voir la page vernis numérique pour en savoir plus sur cette patine numérique.

Éthique du meurtre

mise en ligne : jeudi 31 août 2017

18 août 2017

Le meurtre nécessite une éthique, au même titre que la sainteté, et un saint peut s’inspirer d’une idéologie meurtrière tout comme un meurtrier peut le faire d’un catéchisme de la sainteté. L’essentiel est d’être suffisamment doctrinaire, de ne laisser aucune faille, aucune liberté — sinon, ni le saint ni le meurtrier n’arriveraient à rien.

— Irme Kertész, Journal de galère. Trad. Zaremba-Huszval & Zaremba. Babel, Actes Sud.

Kertész parle ici des idéologies comme mal nécessaire, auxquelles l’homme adapte sa vie selon les circonstances. Il ne les choisit pas.

J’ai sorti cet extrait sur Facebook suite à une réaction provoquée par l’attentat de Barcelone. Quelque chose du genre "tuez-les tous". J’aurais pu commenter : "Dieu reconnaîtra les siens ?" Il s’agissait de tuer "les" terroristes uniquement, comme s’il était possible de les tuer exactement tous, quelque chose dans l’idée, on y a tous pensé et si c’était possible... Ah... Si... La situation n’est pas non plus identique à celle citée, qui m’a fait réagir aussi : le contexte de la seconde guerre mondiale [1]. Enfin, quoiqu’il en soit, il manque peut-être une doctrine, là en 2017, qui ne nous laisse pas les bras ballants à ne rien faire, même s’il me semble qu’il faut effectivement, précisément face à cela, ne rien faire. Alors rien faire à un niveau politique, géopolitique, c’est quoi ? Et puis je lis un article sur la bureaucratie et le contre-espionnage de l’état islamique — qui finalement ressemble de plus en plus à un État — et si tout se joue à ce niveau, celui du renseignement, alors la possibilité de régler... quoi ? "Tout" ? Je ne peux pas comprendre ce monde, il me semble, chaque jour davantage, l’obscurité gagne sur la compréhension, tout s’éteint, je me dis qu’on va tous crever assez vite sans rien comprendre de qui tiendra l’arme exactement.

Une doctrine, c’est ce mot qui revient en tête, une doctrine il en manque une, on rate peut-être ça, à gauche je veux dire, d’être plus "doctrinaire", d’arrêter de penser que les choses peuvent s’améliorer avec un parlement démocrate, des députés et tout le système tel qu’on l’a ici, de la Vé République, avec ses CRS qui finissent les manifs ; et puis sur la diplomatie, la politique extérieure, je ne sais pas, c’est quoi ce monde, que pourrait faire un peuple qui se soulève — comme en 89, en 48, en 71, en 17 ? Rien, par lui-même, son mouvement serait tout, montrer la possibilité, ouvrir la voie. Comme ce syndicaliste américain qui disait, un jour, il y a longtemps pour moi, qu’il fallait nous battre pour conserver notre Sécu, modèle pour le monde entier, si nous la perdions, lui, en Amérique, ne pourrait pas la revendiquer.

Ce qu’il est difficile de percevoir, et de plus en plus, c’est que notre paysage politique reste déterminé par la seconde guerre mondiale, la résistance, la collaboration. Les deux camps sont encore là, et l’issue qui était possible par la révolution, bloquée par des compromis aussi. Comme aux Etats-Unis, tout semble indiquer que la guerre de Sécession n’est pas terminée, que le Civil Right Act de 64 n’est pas tout à fait acté...

*

J’écris trop peu. Je pense trop et mal. Comme une maladie, une sale addiction, quelque chose collant et puant impossible de s’en débarrasser.

*

Peut-on punir tout un peuple ? Et si oui — parce que les moyens existent —, a-t-on le droit de le faire ?

— IK

[1] Ce qui me rappelle aussi cette phrase de René Char, quand il explique ce en quoi il en voulait le plus aux fascistes : qu’ils l’aient forcé à les tuer, à devenir un assassin.

Mots-clés

Imre Kertèsz   Révolution   écrire   politique  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi